Des cailloux dans le coeur. © insanekirieh

Des cailloux dans le coeur. © insanekirieh

Une nouvelle lettre retournée, fermée, dans ma boîte. Le coeur s'en saisit, aveugle, et la range avec les autres dans la poche de l'oubli, celle sans fond dont la doublure se perd quelque part de l'autre côté de la planète.
Au lieu d'accepter le vide, j'ai mangé méthodiquement tout l'énorme croissant et puis, malade, j'ai débranché mes espoirs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .



Trouver la notice de son mode de fonctionnement.
Puis l'afficher sur son front.

< Please read the whole of this leaflet carefully before taking me >

Je suis une enfant, avec tout dans mes mains et rien en arrière pensée, je ne peux pas faire mieux pour
____le moment; de toutes mes leçons, celle que je bafoue sans cesse est: NE PARLE PAS AUX INCONNUS,
---mais chaque fois timidement je lève les yeux quand on m'effleure, je souris, et en guise de présentation je saisis mon monde entre mes mains et j'attends (et si c'est l'inconnu qui me parle en premier,
-alors il n'est plus inconnu, maman?)
. Vous savez que le silence me blesse, comme il vous est facile d'en
__user avec moi, qui attendrai toujours! Vous n'avez qu'à reculer de quelques pas en gardant vos yeux
___dans les miens, et, de loin, gentiment violer mes sentiments après les avoir extirpé avec d'informulées promesses. Quand le jeu devient ennuyeux, vous n'aurez qu'à partir sans vous retourner. Souiller sans
--rien faire, c'est avoir un peu de sang sur une innocence déjà enfouie, pas sur ses mains. Et moi, tant qu'il y aura le vent, tant qu'il y aura le ciel et le bruit de l'eau et la beauté de la vie, je n'aurais qu'à les voir pour que de mon vide refleurissent ma foi, et que se recreuse mon lit dans l'asphalte où je discute avec mes propres songes, ces beaux épouvantails qui ne font pas mal. Jusqu'au prochain sourire sans regard à travers la lucarne, ce nouvel être attiré peut-être par la lumière qui filtrait, douce, de chez moi. Mon espoir se ravive, incapable de croire encore une fois à une demi-mesure, au monstre sans jambes ou sans tête qui se cache derrière le masque, et peut-être que grandir chez moi signifierait cesser d'ouvrir la porte aux pillards qui viennent me dépouiller méticuleusement, ou aux peureux qui regrettent, et attendre que, de l'autre côté de la rue, ce soit une porte qui s'entrouvre à mon passage. Derrière je verrai, farouche, un regard levé vers moi, et de petits doigts d'enfants tenir fermement la poignée. Et entre
-----deux danses sans paroles, nos racines mêlées seraient devenues le plus beau des arbres.

< Please read the whole of this leaflet carefully before taking me >

01h36: J'ai beau me lessiver le crâne en ce moment, ça revient toujours au même point décourageant, à savoir: ma nature est de partager, mais le partage n'est pas dans la nature, on dirait. Qu'est-ce que ça fait chi-er! Cette constatation est bien pratique pour excuser la paresse. Ceci doit certainement entrainer cela, que je ne me plaigne pas de n'avoir personne sur la même longueur d'onde que moi si je me contente d'être 24/24h en mode morse qui branle rien, genre mort subite du cerveau ("miiiiip"). Quand je réfléchis à ce que je veux à travers ce que je vis... buh, au fond j'me trouve sacrément rigolote comme fille, je ne m'enchaîne jamais à rien même si pourtant je prends tout (non mais moi-même je sais plus trop à quel degré m'affectent les choses, je retombe trop vite sur mes pattes pour ça. je suis une passionnée zen :] ). Bon. Il faut que j'emmène mon appareil photo dans les coulisses du spectacle au moins une fois avant la représentation, et la fin de l'aventure, pour capturer quelques instants. Je le dis mais je le fais jamais (la vilaine). Faut que j'aille enfoncer quelques portes. Merde.

# Posté le samedi 12 avril 2008 17:56
Modifié le vendredi 18 avril 2008 10:33

Lift your Head up High (sold out) © insanekirieh

Lift your Head up High (sold out) © insanekirieh
__ Samedi 5 Avril
__ Débarrasse-toi des carcasses.

° Premièrement: le physique.
En dehors tu fonds. En dedans tu t'écorches.
Un jour, tu lèves ton squelette en l'air; il n'y a même plus une miette qu'ils puissent t'enlever. Tout est fini. Les voix mortes se remettent enfin en terre ("dégage, gros tas!").


Il faut se recouvrir, ne plus prendre froid. Délicatement, on se réapprend, on se danse chaque jour. Saurais-je voir mon âme dans chacune de mes courbes? Des courbes qui montent au ciel. Et la lueur ambrée des yeux qui veulent chérir, t'enveloppent d'amour, de silences veloutés, forme sur ton corps les talismans secrets.

° Deuxièmement: l'âme.
___"Bah, tu fais quoi?"
___"J'me lave les dents, tu vois bien"
___"J'ai rien contre, mais on est dans un train, là!"


Du haut de la structure en béton, j'ai chanté pour ma normalité; je ne suis plus un point d'exclamation malvenu au milieu de vos phrases, juste une virgule entre deux mots.

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Stereo Total - Vilaines filles, mauvais garçons

Au fond de cette vallée coule un torrent
Il est l'image même de nos vingt ans
C'est à lui que nous devons cet air et ces façons
D'vilaines filles, mauvais garçons

*

Et les yeux dans les yeux tendrement nous nous dirons
Vilaines filles, mauvais garçons


:: Répétitions en série pour le spectacle du Festival de Printemps; ma robe est noire et brillante, vaporeuse. Le lendemain de la soirée insolite (3h du mat', Rom et Mic au milieu de la route et dans les arbres), il faisait beau par la fenêtre du théâtre universitaire, un soleil presque caressant. Je parcours des doigts les programmes tout en tendant l'autre main pour attraper une sucette, et de temps à autre inscris mon nom pour le bénévolat de tel jour, c'est à dire accueillir les gens, surveiller les couloirs, ce genre de choses. Entre deux sourires je continue ma lecture d'Edgar Allan Poe. Chez Romaric, les fraises achetées auparavant avaient avec un goût de tranquillité; en deux articles on ne le voit pas mais j'ai parcouru beaucoup de chemin en deux mois, j'ai même les dates en tête: celle de ma première soirée avec les "gens du buto" comme je les résume à ceux qui ne les connaissent pas, le road-trip à Clermont-Ferrand avec ses oiseaux de nuit, la date où j'ai su que j'étais bien tombée amoureuse, celle où j'ai rompu avec un passé entortillé dans mon présent, une autre enfin où ma mère est venue vivre à Dijon. Tout ça ne signifie rien, mais comme j'aime à puiser dans chaque détail des aides profondes et précieuses, j'ai changé. Beaucoup. Aujourd'hui dans les rues avec Clem on se marrait, parce qu'on est ressortie du Monoprix avec des gélules pour mincir, du thé pour mincir, du Coca Light pour mincir et de la crème chauffante pour mincir, tout ça d'un commun accord non formulé, juste parce qu'une fille qui doit jouer en sous-vêtement est pudiquement parfaitement exhibitionniste. Tsss :).

:: Maintenant que j'assume tout plein ma liberté, j'ai intérêt à ne pas oublier que "l'amour ne fait pas de sentiments", ma mère me l'a déjà dit 86 453 fois, mais c'est seulement depuis quelques temps que je dis non, et que je ne confonds plus naïvement le fait de Donner et de Se Donner. J'ai peut-être les mains qui tremblent avant chacun de mes rendez-vous, le coeur au ventre ou sur le bout des mots quand je crois que le sien bat au fond de son regard, oui, j'aime simplement saisir les couleurs et les saveurs de ce qui le compose, lui; pourtant, dans l'espace de mes pensées, seul vibre le ciel. A perte de vue.

*

Ecrit au stylo vert sur un vieux billet de train Dijon/Valence:

Tu ne peux pas être, seulement te perdre
Ni ne peux demeurer, la terre marche vers sa fin dernière.

Tu ne peux amasser, tout or devient plomb,
Ni rien savoir, car c'est déjà imposture.

Tu ne peux qu'aimer.
Aimer est assez.

Ernst Bertram

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# Posté le lundi 31 mars 2008 12:42
Modifié le dimanche 06 avril 2008 07:25

Je suis amoureuse (de l'individu, là).

Je suis amoureuse (de l'individu, là).
.Mais avant tout, je m'éclate la patate teuheuHEUTRABArghITOUTOUUU

(agression onomatopesque)
( - oui chef, on l'a retrouvé comme ça!
- c'est moche, très moche.
- j'dirais pas l'contraire, chef.
- le pauvre. assassiné à coups de trabarghitou... plus aucun respect.
- on dirait un steack haché, chef.
- non mais Bretel, mais ça va pas d'être aussi con?! )

Je vis à travers moi, solitaire(ment) souriante.




"- Je... je crois que je saigne..."

Dans le noir, ma main qui se macule lentement. J'ouvre et je referme mes doigts: poisseux. J'ouvre et je referme mes yeux: humide. Elle est là, en un instant près de moi dans la lumière allumée, juste après que la porte se soit refermée sur un accès de colère aveugle; abasourdi, mon corps stupide n'a pas trouvé d'autre moyen d'expression que de se fracasser à 90° contre le meuble bas. J'ai mal et CLAC, voilà, un trou dans le crâne. Je dirais que ça me représente très, très bien. Et maintenant, le sang.


"- Pourquoi tu pleures? Il y a une coupure. Attends..."

Ses mains, sa voix, qui parcourent mes cheveux. Bêtement je pense à Rimbaud, et mon silence tremble plus fort. Pourquoi je pleure? C'est la tristesse insoluble des grands soirs, celle qui me laisse sereinement inconsolable dans les dos des êtres-aimés. Mon amour est perpétuellement inachevé, et il n'y a pas de remèdes à ça. Je veux dire, pas de remède pour les aveugles, les sourds, les muets, non? Je n'ai même pas ce pouvoir d'aimer au delà des frontières de leurs peurs, là où tout se perd en caresses confiantes, et je vois au fond de leurs pulsations pourquoi ce besoin de fuite; je le vois comme je vois le rideau trembler à l'instant, et comme le reste je le chéris avec égalité, tendrement. Mais déjà son porteur sursaute, je suis aux portes de son Innommable: honte, déchets, ratures, mon gouffre est-ce qu'elle voit mon GOUFFRE? oh mon dieu non non non on me pousse en arrière les lèvres retroussées, une armée de peurs avec pour ordre de tuer Orphée mutile mon regard, vite vite, avec une violence à l'échelle de la souffrance passée. Et moi, invariablement, je ne bougerai pas; j'embrasserai de force du bout des doigts cette créature qui était mon ami. Baiser même la colère. Puis m'asseoir en bord de route un moment, le crâne en sang et ordinairement seule, avant de reprendre le chemin bordé de vos échos, et des vos chers fantômes. Quant
à vous, hé bien, vous avez mon amour.


J'ai appris à me panser, me regarder, et avec des silences, à prendre soin de moi.
Alors je garde mon équilibre.
Donner (à d'autres) / Recevoir (de moi à moi).


C'est dans l'ordre des choses, sauf qu'avant, je ne recevais rien... heureusement, je me suis cultivée :).
J'ai poussé dans l'amour, et il n'y a que ça qui compte vraiment.
Gagner sa liberté en s'aimant...
Et ses mains, comme deux aimants, forment une auréole infinie au dessus de ma libre solitude.
# Posté le samedi 29 mars 2008 20:59
Modifié le lundi 31 mars 2008 11:50

[The storm is coming] © insanekirieh

[The storm is coming] © insanekirieh
28-02-2008
L'échapée


- Un quartier de pomme
- Du thé au jasmin
- Des nuages dehors


Depuis tout à l'heure j'ai envie d'écrire cet article, et puis en même temps, j'ai pas envie. Suite à ce dilemme, mon Kevin intérieur voudrait ajouter un chaste: LOL. LOOOL. Bah voilà, ça, c'est fait. Maintenant que j'ai lolélisé cet article, je peux tenter sereinement de me concentrer sur ce que je veux dire (mais si).

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[x] Ce qui est marrant (lol?), c'est que quand je marche dans la rue ou que je m'endors le soir, je sais parfaitement à la virgule près comment exprimer les choses, et puis ensuite je retombe comme un vieux soufflé, mes yeux et ma vivacité s'engourdissent, et je me retrouve à écrire LOL avec une envie tenace de jouer à Stella Deus ou de regarder L Word. Cela s'appelle fuir sa propre vie.

[x] Pour la première fois je connais l'angoisse. I mean, (oui maintenant souvent je me parle moitié français moitié anglais, j'y peux rien ça vient même jusque dans mes rêves T_T), j'ai toujours été, quoiqu'on puisse en penser, une warrior. Je me suis sortie de situations difficiles toute seule, j'ai géré énormément de données que j'ai ingéré pour les épurer et les sculpter en un moi intérieur toujours plus stable. J'ai connu la peur, bien sur, la honte, la déception, mais jamais l'angoisse. C'est trop irrationnel. Rien de palpable, rien à combattre, si ce n'est cet énorme et brumeux fantôme noir sans origines qui prend sa source partout dans votre coeur, dans votre tête et même dans vos forces physique, et vous empêche d'avancer tant il vous écrase. Et je ne sais même pas d'où ça vient! Pourquoi maintenant, surtout maintenant, alors que j'ai traversé 350 000 épreuves qui, au fond, ne m'ont même pas ni détruite, ni fait douter? C'est à s'en angoisser encore plus. Et c'est dans cette merde de con de chiotte de sgeg que, bien entendu, je sens que je dois m'accomplir plus que jamais. C'est vital, sinon tout ce que j'aurais fait comme travail jusqu'à maintenant n'aura servi à rien, ce serait me renier moi-même. C'était pas du tout ce que je voulais vous écrire à la base mais bon, au final, dans mon futur immédiat je ne vois que ce gros combat entre mon côté obscur et mon côté Force Guerrière Attila. Tadadada.


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C'est le Syndrome du Héros :].
L'issue de la bataille, je pensais qu'elle m'était personnelle, c'est pour ça que ça m'est si pénible d'écrire sur ce blog en ce moment, car tout ce que je fais est sincère mais brouillon et centré sur mon avancement intérieur (c'est pour ça que les décos par exemple sont jamais achevées et toutes moches :3), mais ceci étant je n'ai rien de mieux à proposer. C'est quand vous commencerez à lire que j'ai fait des trucs, que je rencontre des gens et que je voyage que vous saurez que j'ai gagné. Pour le moment je suis à l'intérieur de moi à 90% du temps (en gros). Alors voilà, priez pour moi :). (j'ai toujours voulu écrire ça un jour).

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# Posté le jeudi 28 février 2008 07:26
Modifié le samedi 05 avril 2008 18:11

[Oooh Yeah!] © insanekirieh

[Oooh Yeah!] © insanekirieh
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:: Lundi 11 Février :: :_______[ Donovan - Atlantis ]

Mon Bidule est parti à la neige depuis vendredi. Ca me perturbe, l'appart' sans lui. Et ce même si Clem passe 91% du temps avec moi, à faire des masques à l'argile, des bouillons, des Freddy Kruegeries et des tas de trucs insoutenables. Ha et, il fait beau, exactement le même soleil que l'année dernière au même mois... c'est un signe (c'est là que j'ai commencé à m'ouvrir un peu aux autres & à l'amitié) :].

Par excès d'enthousiasme je passe un casting le 22 Février pour une comédie musicale (oui monsieur), petit prétexte pour avoir l'appartement de papa pour moi & Clem entre deux auditions pendant les vacances ^-^. Et je postule aussi pour le prochain clip des London Buses, même si leur budget est serré. Je crois que "vous nous plaisez pour un des rôles" m'a l'air plutôt engageant, non? L'important est de se lancer des défis. Gra-gra.


Mardi Soir à la Cafétéria Mansart, mon atelier de Danse Buto se présente à vous sous forme d'une pièce de l'absurde prévue en speed en 3h, je vous laisse imaginer le foutoir que c'était à la seule et unique répétition, 36 fous rires nerveux en salle et on se demande encore ce que ça va donner tout ça... *hum u_u*.


Jeudi 14 Février

Le jour de l'amour

Je suis faite à l'envers. Les choses qui m'apparaissent si simples (le soleil le bonheur comment ne pas aimer) sont souvent loufoques pour ceux qui m'abordent et me cisèlent de leur implacable pensée rationnelle; pourtant j'ai fait beaucoup d'efforts. J'ai compris que pour vous il n'y a pas de but à aimer marcher seul dans une ville. Que de dévoiler ses sentiments aussi proprement qu'un enfant, ça peut être si dangereux, si malsain de briser son égo en facettes en miroir (mon ami, veux-tu être mon ami?). Mais c'est impossible pour moi de reconstruire le miasme vaguement gluant et tristement noir qui entourait et engourdissait chacun de mes sens et de mes membres, chacune de mes pensées, je sais pas, dites vous que c'est comme si je vous demandais de revoir le monde à travers une peur dont vous venez de vous séparer. Comme si je vous disais de quitter l'amant qui vient à peine de faire battre votre coeur à nu. La même chose que répandre de nouveau la poussière aspirée méticuleusement une heure durant. Vous ne pouvez pas me demander d'être "un peu plus normale" quand ma normalité à moi se situe dans le fait de jouer dans des mirages, de romancer vos vies, d'aimer la rose et l'inconnu puis les dalles vérolées de chewing-gum de la rue.

Aujourd'hui, dans le bus, ma nouvelle aventure consistait à voir, debout près de la porte, les passants sur les trottoirs devenir de plus en plus petits tandis que le véhicule prenait de la vitesse, et dans ma tête le chauffeur n'écoutait pas FunRadio mais criait à la fille aux gants rouges de larguer les amarres: soudain nous voguions tous sur un fleuve rapide, trépidants d'excitation: la musique de mon mp3 s'emballait, la folk investissait le moment, le bus accélérait encore car les requins nous poursuivaient avec acharnement et la petite mémé sautait à la gorge de l'un deux en hurlant "J'vais t'étriper la bête WOUAAAH!". Soudain, le regard d'un jeune homme dans sa Clio me heurte à travers ma rêverie. Il voit que je le vois, alors il me sourit béatement. Je le fais jouer aussi, du coup. C'est le célèbre pirate aux 3000 trésors qui va lancer sa corde et investir notre bâtiment. Il veut se marier avec moi, mais je suis un mousse, un jeune homme, alors il devra être gay. Nooooon notre amour est brisé par les flots. Arrêt du bus. Arrêt du jeu. La Clio s'éloigne déjà. Ca me fait marrer.

Autour de moi les toits de Dijon brillent, gorgés de soleil. C'est si beau ici. Je déborde de tant d'amour. Dans mon carnet j'esquisse des visages et des mains, mon Coca Light posé à côté de moi. Je pense à l'envers. Commence par décrire ce que tu vois est souligné trois fois dans mon carnet. En parlant de liens, croyez-vous à l'unique? Ca m'a perturbé tard le soir, cette question. J'avais la lumière de la cuisine allumée et Clémentine dormait à côté de moi une main près du visage, et moi je rapprochais ma tête de l'énorme magazine que j'avais acheté, pour lire page après page des citations sur l'amitié. Au début je me disais: "ha celle là elle est bien, je ressens ça comme ça!". Et puis la deuxième: "c'est joli, ça, c'est vrai". Au bout de la 46ème, je me suis dit que finalement toutes ces citations sonnaient juste et sonnaient bien, et que vu que pas une n'abordait l'amitié comme l'autre, ça devait être que je les avais toutes expérimentées et reconnues au cours de ma vie, et que par conséquent l'amitié c'était tout ce tas de citations, là. Donc en gros toujours le même magnifique merdier, multi-facettes. Est-ce qu'on s'arrange pour choisir la citation qui nous convient à chaque moment de notre vie, ou est-ce qu'une chose est tellement simple qu'elle est tout à la fois? Je me suis dit que plutôt que de l'écrire, je préférai la ressentir, l'amitié. Et c'est là que Clémentine s'est réveillée, m'a regardé, et m'a dit: "Mais tu vas pas bientôt éteindre cette lumière putain!". Je l'ai jamais autant aimé (sauf quand nous sommes sorties par la fenêtre en pyjama pour acheter deux pains aux pépites). Vous pouvez pas savoir ce que ça fait d'être tellement en confiance avec quelqu'un d'autre que vous en êtes même au point de vous exprimer par grimaces et (limite) par télépathie. Et si vous le savez vous êtes forcément mon ami.

Je désire tellement peu: je veux juste tout de vous. Vous dans votre entièreté, vous tout nu, vous aux toilettes, vous et vos horribles défauts, vous et vos peurs, vous et vos peines, vous et vos vices, vous et vos émotions; tout ce tas de trucs là qui font peur dans leur resplendissante sincérité mais qui sont ma seule nourriture spirituelle quotidienne. Bizarrement, moi, ce sont les "Bonjour madame" de la caissière et les "Il vous reste 142 euros sur votre compte" qui m'angoissent, qui m'agressent. Les "Un artiste se doit d'être", "Il faut se laver les mains avant de", "Je t'avais bien dit que". Les Mots Prisons. Quand un regard vide d'expression se pose sur moi, c'est pire que de la timidité, je n'existe même plus. Le manque de tout me fait perdre ma substance, me heurte, assassine ma pureté, et plaintivement je me cache à tort et à travers sous un manteau miteux de superficialité où les mains des plus blasés m'étranglent. Mon bien être, tout nouveau, est encore trop faible. Personne ne se rend compte des trésors qu'il piétine à longueur de journée. Quand bien même, beaucoup ne comprendront pas si je leur dis que le crime le plus horrible à mes sens est celui des mots dont le détenteur n'a pas pesé la valeur avant de les lâcher. Le Vide De.

Aujourd'hui, jour de l'amour, j'aurais voulu mettre tous ces mots que j'entasse là dans une certaine boîte aux lettres d'un endroit que je ne connais même pas, et puis je me suis défilée, parce qu'en vrai je suis encore coincée sous l'identité morte des vieilles années. Pardonne moi, l'invisible, tu ne sauras jamais à quel point tu es mon ami.

Mais vous gagnez un texte de Saint-Valentin.
# Posté le jeudi 31 janvier 2008 14:53
Modifié le jeudi 28 février 2008 07:32

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